Afghanistan- Une guerre pour rien: Par Djamel Labidi — ITRI : Institut Tunisien des Relations Internationales

Afghanistan- Une guerre pour rien ! Par Djamel Labidi Une guerre pour rien ! L’expression est terrible, monstrueuse si on y réfléchit un instant. Et pourtant, après la débâcle occidentale en Afghanistan,  ce sont les mots qui sont revenus le plus souvent , dans les médias occidentaux et  dans la bouche des  dirigeants occidentaux […]

  Afghanistan- Une guerre pour rien: Par Djamel Labidi — ITRI : Institut Tunisien des Relations Internationales

« le chemin indiqué (par Allah) » ou le « retour à la source ».

Qu’est-ce que la charia ?

L’islamologue Mathias Rohe explique ce qu’est vraiment la charia dont l’instrumentalisation politique par des terroristes opprime de nombreux musulmans.

Les interprétations de la charia ont évolué au cours de l’histoire

Le retour au pouvoir des talibans en Afghanistan a replacé un mot sur toutes les lèvres : charia. Dans le Coran, ce terme désigne « le chemin indiqué [par Allah] » ou le « retour à la source ». La charia englobe les principes normatifs de l’enseignement islamique, qui se sont développés durant 1.400 ans, au gré des écrits d’érudits, d’institutions et de règles adoptées par des Etats. Voici les précisions de l’islamologue Matthias Rohe, résumées par Sandrine Blanchard.

Encadrer la foi

La charia comprend des préceptes destinés à encadrer la foi et la pratique religieuse des fidèles. Il peut s’agir de rites, de prière, de règles vestimentaires ou alimentaires, mais aussi de principes juridiques.

Le cœur de la charia est un système complexe, exigeant mais aussi flexible de méthodes destinées à définir des normes et à interpréter ces normes.

L’islam n’est pas un bloc monolithique, des dissensions existent par exemple entre sunnites et chiites. Mais les différentes confessions sont elles aussi traversées par des courants qui n’interprètent et n’appliquent pas la charia de la même manière.

En haut du minaret de la mosquée centrale de Cologne

Instrumentalisation politique

Si ces divergences cohabitent la plupart du temps sans heurts, des courants extrémistes réclament pour eux d’être les seuls à connaître la vérité. Et ils profitent du manque d’éducation de certains pour les manipuler, en brandissant la charia pour légitimer leurs objectifs politiques.

C’est actuellement le cas notamment dans les dictatures religieuses que sont l’Iran ou l’Arabie Saoudite.

La bataille se situe souvent au niveau de l’interprétation.

Des règles religieuses, d’abord, considérées comme immuables. Par exemple, quand il s’agit de comprendre une formulation du Coran qui stipule que les femmes doivent suivre certaines règles d’habillement pour se protéger d’éventuelles attaques. Certains estiment que l’éducation et l’assurance d’une femme peuvent la protéger sans qu’elle n’ait à se couvrir de tissus.

Les aspects juridiques, eux, évoluent, selon les époques, les lieux, les personnes. C’est le cas des règles qui régissent les contrats, les mariages, les héritages ou le droit de la famille.

L’islam n’est pas une religion monolithique

Le droit islamique dans l’histoire

L’adoption de lois qui prennent en compte des principes de la charia s’est répandue à partir du XIXe siècle. Les régimes coloniaux ont aussi influé sur le droit instauré dans les colonies, sur le modèle occidental, et au mépris des traditions ou des règles antérieures des peuples concernés. La réflexion théologique des savants sur les façons de faire évoluer la charia s’est souvent heurtée à l’opposition des administrations coloniales. Et aujourd’hui, les réformateurs sont parfois considérés – et dénigrés – comme des collaborateurs de l’occident.

Pourtant, de nombreux Etats où la population est en majorité musulmane sont parvenus, au fil du XXe siècle, à introduire des réformes profondes, en faveur des droits des femmes, pour rétablir l’égalité de certaines minorités religieuses ou adapter le pays aux changements économiques et sociaux.

Les différentes interprétations possibles se manifestent par exemple dans le domaine de la polygamie – interdite en Tunisie mais autorisée dans d’autres Etats – en référence, dans les deux cas, à la charia.

De nombreux musulmans favorables à la démocratie

Beaucoup ont considéré l’abolition du califat comme une libération. De nombreux musulmans considèrent que la démocratie est un système de gouvernement adapté au présent et aux principes de l’islam. En Allemagne, il est intéressant de noter que la part des musulmans qui se réclament du système démocratique est plus élevée que celle de l’ensemble de la population. Dans le même temps, il y a une plus grande proportion d’Allemands musulmans qui se déclarent pratiquants que dans la population générale. 

Wahhabisme et traditionnalisme

Mais depuis quelques décennies se dessinent des développements contraires. Avec la montée du wahhabisme venu d’Arabie Saoudite, et à la suite des évolutions depuis la révolution islamique des années 1970, des extrémistes prônent dans le monde entier une lecture répressive de la charia. Ils reviennent sur des réformes passées et défendent un droit de la famille et d’héritage empreint d’un modèle traditionnel patriarcal qu’ils présentent comme un marqueur identitaire contre une soi-disant occidentalisation. Leur opinion diffame les autres musulmans, mystiques ou séculiers, ainsi que les non-musulmans. Et ils rognent avant toute chose sur les droits des femmes.

En Afghanistan, en septembre 2010

A plusieurs endroits, des alliances se sont constituées, entre des extrémistes et des traditionnalistes et souvent le droit islamique cohabite avec le droit coutumier.

La terreur instaurée par les talibans

Le régime de terreur instauré par les talibans se réfère à la fois à un droit coutumier pachtoune, qui opprime la femme, et à une interprétation traditionnaliste, intellectuellement peu exigeante, de la charia. Mais en fin de compte, il vise surtout à asseoir leur pouvoir répressif.

On peut dire en résumé que la charia n’est en soi ni le spectre de terreur agité parfois ni une garantie de salut. Elle fait référence à des normes qui auraient été ordonnées par Allah ; toutefois, celles-ci sont ouvertes à l’interprétation et ont même besoin d’être interprétées au point qu’elles ne sont finalement que l’œuvre de l’homme.

Le drapeau des talibans flotte sur le gouvernorat de Ghazni, dans le sud-est de l’Afghanistan

Selon ce qu’en retire son interprète, la charia peut être un guide religieux éthique et un système de normes en accord avec les concepts actuels des droits humains… ou alors exactement le contraire. Cela dépend donc des personnes et de leurs positionnements. Contrairement à de nombreux Etats répressifs à majorité musulmane, ces discussions peuvent, en Europe, avoir lieu librement et indépendamment des revendications politiques de pouvoir.

Islam et modernité

En particulier parmi les musulmans de l' »Occident », on discute de ce que la charia signifie pour eux concrètement. Certains essaient d’adhérer aux normes traditionnelles dans le cadre des lois en vigueur dans le pays où ils vivent. D’autres interprètent la charia comme un guide éthique sans aucune prétention à la validité juridique. On peut parler d' »éco-islam » ou de « djihad éducatif » et en Allemagne, un système d’éducation islamique sophistiqué est en train d’émerger. Les développements réalisés ici peuvent donc également donner des impulsions à d’autres régions du monde.

Prof. Dr. Dr. h.c. Mathias Rohe, a fait ses études de droit et d’islamologie à Tübingen et Damas, il est professeur à la FAU Erlangen-Nuremberg et directeur fondateur du Centre d’Erlangen pour l’islam et le droit en Europe, membre du conseil d’administration de la Société pour le droit arabe et islamique, et a signé nombreuses publications sur le droit islamique et l’islam en Europe.

La version intégrale de cet article a été publiée sur Qantara.de, le site de la DW dédié au dialogue avec le monde islamique.

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