Questions raciales coloniales et environnementales

Entretien avec Pap Ndiaye : Questions raciales coloniales et environnementales

Entretien avec Pap Ndiaye : Questions raciales coloniales et environnementalesSpécialiste de l’histoire sociale des États-Unis et de la condition noire, Pap Ndiaye est le nouveau directeur général du Palais de la Porte-Dorée. Cet édifice monumental qui fut le Musée des colonies et de la France extérieure, héberge aujourd’hui le Musée national de l’histoire de l’immigration (MNHI) ainsi qu’un aquarium tropical. L’historien entend y mener de front les questions raciales, coloniales et environnementales qui reviennent sur le devant de la scène politique.Dans cette période où les tensions identitaires sont fortes, il semble que vous avez été nommé à ce poste de directeur du Palais de la Porte-Dorée pour y jouer un rôle pacificateur.Pap Ndiaye : La formule est un peu exagérée, car elle laisse entendre que je serais une sorte de casque bleu, ce qui n’est pas le cas. Mais je pense incarner, à l’échelle de la société, un pont entre les points de vue, ce qui n’est pas fréquent par les temps qui courent et qui est sans doute utile. Reconnaissons que les questions coloniales, postcoloniales, les questions d’immigration et j’ajouterais les questions liées à l’environnement (puisqu’il y a aussi un aquarium tropical à la Porte-Dorée) occupent une place évidente dans les débats publics, ainsi que, trop souvent, dans les polémiques du moment. Le Palais de la Porte-Dorée est une institution culturelle relativement petite, mais elle a en charge de grandes questions. Ma nomination est donc le signe que cette institution a, plus que jamais, un rôle à jouer sur des questions qui sont, à l’évidence, essentielles pour notre société.Mais comment avez-vous été amené à vous intéresser à ces questions raciales ? Et, selon vous, en tant qu’historien, à quel moment sont-elles réapparues en France ?P. Nd. : Ce n’est pas quelque chose qui serait apparu ces dernières années. Si on voulait en faire une histoire dans la longue durée, on partirait des années 1920. C’est une histoire qui a un siècle dans les débats intellectuels et culturels. Dans une chronologie plus proche de nous, la période entre la fin des années 1990 et le début des années 2000 est un moment très important. Sous le gouvernement Jospin, il y eut la grande manifestation de 1998 des Ultramarins qui célébrait le 150 anniversaire de l’abolition de l’esclavage, alors que le gouvernement avait fait les choses de manière pour le moins discrète. Personne n’avait prévu qu’il y aurait 40 000 personnes dans la rue. Il y a la loi Taubira en 2001. Il y a aussi, en 1997-1998, les premières manifestations de personnes racisées, notamment devant France Télévisions, pour se plaindre que la télévision était trop blanche. Et, de fait, depuis le début des années 2000, ces questions raciales n’ont jamais quitté l’actualité. Il se passe toujours quelque chose, avec des moments particulièrement forts comme l’année dernière avec le mouvement Black Lives Matter. Depuis vingt ans, les questions raciales occupent une place évidente dans notre société, avec les résistances que vous connaissez.Vous-même, avec votre livre La condition noire (Calmann-Lévy, 2008), vous manifestez explicitement votre intérêt pour ces questions-là. Pourquoi ce terme de « condition noire » plutôt que celui de « question noire » ?P. Nd. : C’est un terme qui a été utilisé par bien d’autres avant moi : Simone de Beauvoir, André Malraux, Hannah Arendt… Il a donc une histoire intellectuelle très intéressante, très forte. Surtout, c’est un terme qui centre l’attention sur la vie des personnes. La condition, c’est la situation des personnes en tant qu’elles interagissent avec les autres, en tant qu’elles sont vues comme telles par les autres : c’est l’expérience existentielle, dirait Jean-Paul Sartre. Il me semble que le terme de « condition » est particulièrement adapté à ce que je voulais décrire. Le terme de « question » laisse penser davantage qu’il y a un « problème » et renvoie à une négativité. « Condition », c’est un beau mot, je l’ai fait mien.Est-ce que vous pensez qu’on peut mettre sous cette « catégorie » des personnes aussi différentes que peuvent l’être un Antillais ou un Africain, par exemple ?P. Nd. : L’idée est justement, quand je parle de « condition », de ne pas nier la très grande diversité des situations sociales. Quand on parle des « femmes », l’éventail des situations sociales est quasi infini. Qu’est-ce qui les rassemble, qu’est-ce qui les unit dans un groupe, si ce n’est d’être des femmes ? Tous les groupes peuvent être questionnés. Il faut reconnaître la très grande variété des personnes noires et, en même temps, un commun qui les rassemble, comme il y a un commun qui rassemble les femmes. Aucune femme ne peut jurer que, dans sa vie ou dans le restant de sa vie, elle ne subira pas une forme de violence réelle ou symbolique, parce qu’elle est une femme. Ce qui unit les personnes noires, d’un bout à l’autre du spectre social, c’est qu’aucune d’entre elles ne peut être certaine qu’elle ne subira pas un jour une forme de violence raciste, parce qu’elle est noire. C’est bien cette vulnérabilité qui unit le professeur de médecine antillais au balayeur africain. C’est l’expérience d’une violence potentielle. L’expérience commune à tous les Noirs, c’est cette expérience-là. Voilà pourquoi, à mes yeux, il est légitime de parler d’un groupe de Noirs alors que ce groupe est constitué d’une très grande diversité de situations.

Un avis sur « Questions raciales coloniales et environnementales »

  1. N’oublions pas Frantz Fanon qui a combattu le racisme. Il avait publié son célèbre livre « Peau noire, masques blancs », qui est sans doute la première œuvre majeure de l’écrivain et militant anti-colonialiste Frantz Fanon. Dans ce livre, il analyse longuement le legs colonial de l’histoire de France dans l’inconscient collectif, aux Antilles comme dans l’Hexagone.
    Aux États-Unis, c’était Alex Haley qui, avec son livre « Racines », a soulevé le problème du racisme dans la société américaine. Malgré d’autres personnes connues pour leur combat contre le racisme comme Malcom X et Luther King, la discrimination contre les noirs en particulier et les immigrants en général perdure. L’affaire de la mort de George Floyd, étouffé par la police le 25/05/2020 lors de son arrestation, en est le parfait exemple.

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