Président du parlement libyen : « La Libye a besoin de l’Algérie en toutes circonstances » — 24H Algérie – Infos – vidéos – opinions.

Aguila Salah, président du Parlement libyen, en visite à Alger, a  déclaré que la Libye a besoin du soutien de l’Algérie pour sortir de sa crise.« Nous avons besoin de notre voisine l’Algérie en toutes circonstances, nous sommes en contact avec l’Algérie dont nous n’oublions jamais les positions en notre faveur durant les circonstances difficiles traversées…

Président du parlement libyen : « La Libye a besoin de l’Algérie en toutes circonstances » — 24H Algérie – Infos – vidéos – opinions.

Voici les scènes de ce qui s’est passé entre Louh, Said Bouteflika et Haddad

Algérie: Le procès de l’ ancien ministre de la justice Tayeb Louh et frère de feu le président Saïd Bouteflika s’est ouvert aujourd’hui devant le tribunal correctionnel de première instance de dar el beida, pour incitation à la contrefaçon de documents officiels, délit, abus de pouvoir, entrave au bon déroulement de justice et incitation à la partialité.

Al-Tayeb avait l’air élégant, comme d’habitude, dans son costume noir classique, lorsqu’il est entré dans le lieu désigné pour les détenus.

L’ancien ministre de la Justice a échangé des conversations avec sa commission de défense et à d’autres moments avec l’ancien inspecteur général du ministère de la Justice, Ben Hashem Al-Tayeb.

Alors que le frère de l’ancien président décédé, Saïd Bouteflika, apparaissait émacié et maigre dans son costume classique en entrant dans la salle, il n’arrêtait pas de parler et de chuchoter à l’homme d’affaires Ali Haddad, en écoutant attentivement ses propos, d’autant plus que la voix de Said Bouteflika a failli être entendu par les personnes présentes.

Il était neuf heures et demie du matin, lorsque les détenus sont entrés dans la salle de session n° 1, et l’homme d’affaires et ancien président du Forum des hommes d’affaires « Afcio », Ali Haddad, a été le premier à entrer dans la salle en provenance de la prison de Batna, comme il apparaissait en meilleur état qu’il ne l’était lors du procès qu’il a été reconnu coupable de 12 ans de prison.

Tandis que l’ancien ministre, Al-Tayeb Louh, a été le deuxième à entrer dans la salle d’audience, qu’il a inaugurée lorsqu’il était ministre de la Justice, en gardant les scellés.

Aux premières heures de la journée, les abords du tribunal de Casablanca ont connu des renforts de sécurité pour la police et la gendarmerie, accompagnés d’un durcissement des procédures d’entrée.

Pour rappel, en marge des discussions qui ont eu lieu dimanche en audience du tribunal, avant d’annoncer le report du dossier, l’équipe de défense de l’ancien ministre Al-Tayeb Louh, ainsi que l’ancien secrétaire général du ministère de la Le juge Bin Hashem Al-Tayeb a soumis une demande de libération au cas où aucun d’eux n’aurait été détenu pour une autre raison, qui est la demande. Après délibérations, le tribunal pénal l’a rejetée à l’appui des requêtes de l’accusation.

La défense a également demandé au tribunal, avant d’ouvrir à nouveau le dossier, de montrer le document pénal dans le dossier pour lequel les accusés ont été envoyés pour examen par la défense, et il était représenté dans le mandat d’arrêt contre Chakib Khalil.

Alors que l’état-major de la défense protestait, lors des débats judiciaires, contre les conditions sanitaires dans lesquelles le procureur de la République a été amené au tribunal de Tlemcen comme témoin dans le dossier, alors qu’il était transféré de l’établissement pénitentiaire à la salle d’audience en fauteuil roulant et en mauvais état santé, au point de perdre le contrôle de ses actions et de tenter de heurter l’un des éléments de sécurité tout en l’aidant à régler son siège de manière confortable, rapportent les mêmes sources.

La défense des prévenus a jugé la présence de l’ancien procureur du tribunal de Tlemcen inutile car incapable de bouger ou de parler, et a demandé la désignation d’un expert pour examiner ses capacités mentales et physiques.

L’Algérie, entre la colonisation halal et la colonisation haram

L’Algérie, entre la colonisation halal et la colonisation haram / par Amin Zaoui

En campagne électorale présidentielle, les déclarations hâtives du président français, Emmanuel Macron, à propos de l’Algérie ont suscité un débat houleux sur les réseaux sociaux. Venant de tous les horizons politiques et de toutes les sensibilités idéologiques, les participants à ce débat bouillonnant sont : des universitaires, des politiques, des étudiants, des journalistes et même le citoyen lambda. Ce débat reflète le niveau intellectuel de la société algérienne. Miroir d’une psychologie purement algérienne. Il est caractérisé par l’enthousiasme, le patriotisme des années cinquante, la colère, l’insulte et le populisme. Au point que c’est difficile, dans ce débat, de distinguer une publication d’un universitaire d’une autre d’un simple citoyen. Le même bain, le même langage.

Le débat a tourné autour de deux points : la colonisation et la langue du colonisateur. D’après ce débat marqué par le populisme élémentaire, la nation algérienne a connu deux sortes de colonisation : une colonisation halal et une colonisation haram ! 

Dans l’imaginaire algérien construit sur une lecture faussée de l’Histoire de son pays, il existe une colonisation méchante et une autre douce ! Aux yeux de l’Algérien, la colonisation ottomane-turque de notre pays et qui a duré plus de trois siècles est une colonisation douce, sucrée comme le baqlawa ! Et que la colonisation française qui a duré presque un siècle et demi est une colonisation dure, sale comme un porc !  

Certes, et sans nuance aucune, la colonisation française est une colonisation sauvage, oppressive, violente et injuste, mais la colonisation ottomane-turque, elle aussi, était une colonisation de viol, de vol et de violence. N’oublions pas que la colonisation ottomane-turque a offert notre pays à la colonisation française sans aucune résistance et sans regret !

Nous avons mal écrit notre Histoire.  Nous avons mal enseigné notre Histoire.

Dans l’imaginaire algérien, parce que la colonisation française est chrétienne, donc elle est  méchante. Et parce que la colonisation ottomane-turque est musulmane, donc elle est adorable ! De ce fait, on condamne la colonisation chrétienne et on pardonne à la colonisation musulmane. On énumère les atrocités de la première et on ferme les yeux sur les atrocités de la deuxième. Qu’importe la colonisation, elle demeure un acte barbare contre l’humanité. Qu’importe la religion du colonisateur, ce dernier demeure un violeur de la dignité du peuple colonisé. Devant les droits humains universels, toutes les colonisations sont égales.   

Et suivant cette logique illogique : il y a une colonisation avec une langue abjecte qu’il faut combattre et il y a une autre colonisation avec une langue belle et civilisationnelle. Toute langue colonisatrice essaie d’effacer la langue originale de la nation occupée.     

Dans ce débat houleux sur les réseaux sociaux, et en réponse aux déclarations du président Macron, des voix ont appelé à l’interdiction de l’enseignement du français à l’école algérienne et à le remplacer par l’anglais. D’autres ont même appelé à le remplacer par le turc ! Oubliant que l’anglais est aussi une langue du colonisateur britannique et de l’impérialisme américain ! Même si on remplace la langue d’enseignement par une autre, il faut le faire dans une vision stratégique, scientifique et bien étudiée et non pas sur un coup de crise de colère !

Face à ce débat houleux et passionné, les intellectuels critiques sont appelés à ne pas tomber dans la paresse ou dans le populisme intellectuel qui nourrit le populisme politique. 

Les intellectuels libres et critiques, des deux rives, ensemble comme à l’époque de la guerre de Libération de l’Algérie, sont appelés à œuvrer pour un avenir de liberté, de démocratie et du respect de la mémoire de la nation. En tant qu’intellectuels, nous sommes appelés à condamner clairement ces déclarations d’un chef d’État qui sèment la haine entre les deux peuples algérien et français, en niant l’Histoire d’une nation qui a enfanté Apulée de Madaure, saint Augustin de Thagaste, Juba 2, Massinissa, l’émir Abdelkader, Cheikh El-Haddad, Fathma n’Soumer, Ben Badis, El-Khaldi, Benmsayeb, Benkriyou, Si Mohand u Mhand…

Nous sommes appelés aussi à faire barrage aux idées qui sèment le trouble dans notre histoire et perturbent l’avenir de nos enfants. L’Algérie est menacée, et le monde vit une ère des blocs économiques, militaires et politiques. Et ce qui est sûr, c’est que l’Algérie a besoin d’alliés forts, et qu’aucun pays ne pourra vivre seul sans l’appui d’un bloc. 

Amin Zaoui, Le 7 octobre 2021

 L’Exposition universelle de Paris de 1889 : Le Palais de Machines… les Villages nègres… le Pavillon de l’Algérie

  L’Exposition universelle de Paris de 1889 : Le Palais de Machines… les Villages nègres… le Pavillon de l’Algérie

par Djamal Kharchi* –1889, une année riche en événements pour la France métropolitaine. La construction de la Tour Eiffel et l’organisation de la dixième édition de l’Exposition universelle de Paris vont dominer l’actualité à l’échelle mondiale en ce 19éme siècle finissant.

Les expositions universelles, depuis la première qui s’est tenue en 1851 à Londres sous l’ère victorienne, ont toutes représenté pour les pays organisateurs une occasion privilégiée de célébrer avec éclat leur puissance et leur rayonnement. En 1889, la France en est à sa quatrième Exposition universelle, après celles de 1855 et 1867 sous le second empire, et celle de 1878 sous la IIIème république. Dans ce sillage va se tenir, du 5 mai au 31 octobre 1989, l’Exposition universelle de Paris, placée sous le thème de la « Révolution française », dans le cadre des commémorations qui fêtent le centenaire de la Révolution de 1789.

L’événement est d’une importance capitale pour une France soucieuse de s’affirmer en tant que grande nation, après la cuisante défaite qu’accusa Napoléon III en 1871 face à l’armée prussienne, suivie de la grande dépression de 1873.

A la faveur de l’Exposition universelle, la France compte afficher au regard du monde la vigueur de son essor industriel, comme en témoigne de manière éclatante l’édification de la Tour Eiffel, une structure monumentale tout en fer, haute de 300 mètres, dont la forme empreinte d’une créativité des plus audacieuses a repoussé toutes les limites architecturales de son temps. La construction de cette tour emblématique avec ses révolutionnaires ascenseurs à vérins hydrauliques, inaugurée le 31 mars 1889, s’inscrit dans une double perspective ; la célébration du centième anniversaire de la Révolution française et la tenue de l’Exposition universelle de Paris.

Au 19éme siècle, les Expositions universelles ne sont pas seulement la vitrine du progrès scientifique et technique des nations participantes, leur finalité consiste aussi à mettre en évidence la puissance et la grandeur du pays organisateur. En cette année 1889, la France se revendique à la fois comme une puissance industrielle et militaire majeure, mais également comme un grand empire colonial.

Paris, la ville-Lumière, brille de tous ses feux, tandis que la France entière savoure le triomphe indéniable que suscite à l’échelle internationale l’ouverture officielle de l’Exposition universelle, dont la Tour Eiffel fait office de somptueuse porte d’entrée à la délégation officielle qui accompagne le Président de la république Sadi Carnot.

Si les Expositions universelles étaient censées ne véhiculer aucune idéologie politique, la France fit pourtant de l’Exposition de 1889, un hymne à la gloire de la colonisation. Toutes ses colonies et possessions sont à l’honneur. Le prestige de la France est à la mesure de son empire colonial en pleine expansion.

L’Exposition universelle caisse de résonance de la France coloniale

Le cadre géographique de l’Exposition universelle, grandiose et immense, s’étend sur une superficie de 96 hectares qui englobe le Champ-de-Mars, les jardins du Trocadéro, tout le quai d’Orsay avec les berges de la Seine ainsi que l’esplanade des Invalides. Trente-cinq pays participent à cette somptueuse manifestation. Les divers bâtiments abritent 61722 exposants. Des milliers de visiteurs déambulent quotidiennement dans l’enceinte de l’Exposition. La France a déployé tous les moyens pour se donner l’image d’une nation fière d’exercer un rôle « civilisateur » aux quatre coins du monde. Une France républicaine qui se cherche un nouveau souffle dans de nouvelles conquêtes territoriales.

Si la Tour Eiffel, flambant neuve, illustre l’essor industriel de la France, « La galerie des Machines », une immense nef de verre et de métal, n’est pas en reste. Elle revêt des proportions hors normes. Longue de 420 mètres, large de 115 mètres, haute de 43 mètres, sans appuis ou soutiens intérieurs, cette prouesse architecturale représentait le plus grand bâtiment de ce type jamais construit jusqu’alors.

« Le promontoire des machines », deux ponts roulants situés à huit mètres de hauteur de part et d’autre de la galerie des Machines, permettent aux visiteurs d’avoir sur toute sa longueur, une vue plongeante sur les différents pavillons. Il y a là réunis sous l’immense voûte, les inventions les plus diverses dans le domaine industriel et technique. On y trouve des machines et moteurs à vapeur, des locomotives avec turbine à vapeur, des métiers à tisser, des machines à raboter, des machines d’extraction minière, des machines agricoles, des appareils de levage hydrauliques ou électriques à crémaillère, des machines à fabriquer des cigarettes, des meules mécaniques à concasser, des pompes à eau, des pressoirs mécaniques, des machines à trier les grains… Quatre prototypes de Peugeot type 1, des tricycles équipés de chaudière à vapeur, côtoient le premier moteur à explosion de Gottlieb Daimler. C’est une succession incroyable de machines motrices, de grandes roues et poulies en mouvement entrainées par des courroies pour toute sorte d’activités manufacturières et agricoles, sous l’enseigne publicitaire de telle ou telle marque de fabrique.

Autre invention de taille qui, elle, n’a nul besoin d’être exposée, puisque le soir tombé, partout elle se donne en un spectacle singulier. L’électricité illumine de mille feux l’Exposition universelle. On eût dit qu’il existait deux Expositions, celle du jour et celle du soir. Le premier étage et le haut de la Tour Eiffel sont garnis de perles lumineuses. Au sommet scintille le phare électrique d’une portée infinie avec ses feux bleu, blanc et rouge éblouissants. Du Trocadéro au Champ de Mars, c’est une orgie de lumières. Des générateurs à vapeur et des stations du nom de Feranti, Edison ou Gramme assurent cette féerie incomparable.

La grande bourgeoisie d’affaires où se mêle l’ancienne aristocratie du temps de la monarchie ainsi que des capitaines d’industrie internationalement connus, partagent fortune et pouvoir dans cette haute société parisienne de la fin du 19éme siècle qui a survécu à toutes les crises politique. La toile d’influence qu’elle s’est tissée dans la gigantesque machine militaro-industrielle et au sein des institutions de la république, confortait solidement la politique coloniale du gouvernement.

La convention de Berlin de 26 février 1885, signée par les puissances militaires de l’époque, avait établi un certain nombre de règles de conduite auxquelles celles-ci devaient s’astreindre pour procéder à un dépeçage en règle, sans conflits ni hostilités, des territoires africains non encore conquis, notamment la partie centrale et Ouest du continent, les dernières Terra incognita.

« La politique coloniale, disait Jules Ferry, est fille de la politique industrielle », autrement dit la colonisation est la suite logique de l’industrialisation. Lorsqu’en 1889 se tient l’Exposition universelle de Paris, la France connait une vigoureuse croissance économique. Les capitaux abondent et s’accumulent rapidement, y compris dans les colonies. L’industrie manufacturière est en développement continu. La culture de la terre s’industrialise peu à peu. Les besoins en matières premières deviennent un facteur essentiel de la prospérité nationale. L’apport des colonies doublé de l’expansion coloniale sont appelés à y pourvoir en écho à des perspectives métropolitaines de plus en plus ambitieuses. C’est au cours de l’année 1889 qu’est créée l’Ecole nationale de la France d’outre-mer, chargée de former des cadres de l’administration coloniale (Administrateur, Inspecteurs du travail, magistrats). Ouverte à Paris, l’Ecole va devenir le giron d’une véritable culture coloniale, incarnée par un système d’administration identique à toutes les colonies dont la finalité première était la consolidation du processus de colonisation.

Le Palais des industries diverses, miroir d’une civilisation occidentale conquérante

Le Palais des industries diverses est majestueux avec son hall d’accès monumental et son grand dôme central surmonté d’une imposante statue en zinc repoussé de neuf mètre de hauteur. Elle représente la France, personnifiée par une jeune femme pleine de grâce, inspirée de la sculpture grecque classique, qui distribue à 65 mètres du sol des palmes et des lauriers.

Le Palais des industries diverses abrite des expositions de produits manufacturés en France. La variété le dispute aux marques de renom. Tapisseries des Ateliers Gobelins, porcelaines de Sèvres, produits horlogers Lip, les galeries s’enchaînent les unes après les autres. Galerie de l’orfèvrerie, galerie de la bijouterie et de la joaillerie, galerie de la parfumerie, galerie de la soierie et de la draperie, galerie de la verrerie, galerie des fils et tissus… La gamme des produits est infinie sous le grand dôme de verre et d’acier. C’est l’endroit par excellence pour exposer les pépites d’une France raffinée, miroir d’une civilisation occidentale conquérante et sûre d’elle.

Une profusion de pavillons, un florilège de nations

Les pavillons et galeries répartis sur toute l’étendue de l’Exposition universelle couvrent un large spectre d’activités et un vaste catalogue de produits les plus variés présentés par les 35 pays participants.

Le Pavillon dédié au « Panorama du Pétrole » situé en bord de Seine, au niveau du pont d’Iéna, donne à travers cartes, dessins, planches et photographies, une vue panoramique sur l’exploitation du pétrole et ses diverses applications en tant que combustible. Eclairage, chauffage, force motrice, laissent présager l’avenir prometteur d’une industrie pétrolière naissante dont les Etats-Unis sont les pionniers dans le domaine. Le Pavillon du Pétrole préfigure le caractère stratégique d’une énergie qui, au tournant du 20éme siècle, va aiguiser les appétits féroces des puissances coloniales envers des pays détenteurs de cette précieuse ressource naturelle.

Un florilège de pavillons aux multiples décors entre pierre, faïences, acier et verre, bordent les allées de l’Exposition, tel le pavillon de l’industrie du gaz, le pavillon de l’agriculture ou le pavillon des manufactures nationales. Les pavillons des sections étrangères figurent aussi en bonne place. Ceux de l’Espagne, l’Italie, la Russie, l’Angleterre ou des Etats-Unis comptent des milliers d’exposants. C’est toute une ville avec l’incarnation propre à chaque pays qu’agrémente un riche programme de spectacles. Presque chaque jour une fantasia était organisée pour le public. Les spahis montés sur des chevaux barbe se lançaient dans des courses folles ponctuées d’impressionnantes charges de fusils, tandis que la nouba exécutée par des tirailleurs algériens ou Turcos du 1 er régiment d’Alger, emplissait l’air de joyeuses mélodies.

Les sections coloniales et leurs villages nègres, comparables à des zoos humains

A côté de la glorification des avancées scientifiques et techniques, la France a fait de cette grandiose manifestation qu’est l’Exposition universelle, une véritable foire coloniale.

L’esplanade des Invalides d’une superficie de 32000 mètres carrés est entièrement dédiée aux pavillons des « Sections coloniales », au Palais central des colonies et au Ministère de la guerre, un imposant bâtiment tout en longueur, hérissé de canons de campagne et de siège, de part et d’autre de son entrée centrale en forme d’arc de triomphe à la gloire de la république. Loin d’être un hasard, cet improbable voisinage était somme toute logique. « Colonies » et « guerre » sont toujours allées de pair.

Dans cette partie de l’Exposition située entre le champ-de-Mars et les jardins du Trocadéro, se trouvent regroupés des habitats et autres installations représentatives des peuples originaires des différentes colonies ou de colonies en devenir. Une mise en scène empreinte d’un exotisme réducteur, propre à la mentalité impérialiste de la IIIème république, tend à mettre en exergue la cartographie tentaculaire de son empire colonial de l’Afrique à l’Océanie, des Antilles à l’Extrême-Orient et aux Indes occidentales.

A l’image de modernité que l’Exposition proclame et célèbre sous le signe de l’ère industrielle, s’oppose comme dans un contre-miroir, l’image déshumanisante des « sections coloniales », une exposition à l’intérieur même de l’Exposition universelle avec des mises en scène exhibitionnistes au service d’un message propagandiste destiné à exalter le rayonnement de la IIIème république en tant que puissance coloniale déterminée à promouvoir le progrès économique, par l’entremise d’un capitalisme industriel florissant et expansif, mais aussi à la faveur d’un marché de denrées et produits coloniaux en pleine croissance.

Au titre des sections coloniales de l’Exposition universelle se dressent côte à côte sur l’esplanade des Invalides, le pavillon du Cambodge représenté sous forme d’une pagode d’Angkor-Wat grandeur nature; le Palais de la Cochinchine conçu dans un style typique de l’architecture propre à cette région du monde, le Palais de l’Annam et du Tonkin flanqué d’un théâtre annamite, les comptoirs de l’Inde française que symbolise la pagode de Villenour avec sa statuaire dense et raffinée.

Les territoires d’outre-mer sont représentés par des villages traditionnels où les figurants, des kanaks et guadeloupéens ramenés de leurs lointaines îles du pacifique par des chefs d’expédition, vivent en autarcie dans des sortes d’enclos, le corps demi-nu offert à la curiosité des visiteurs dont certains leur jetaient de la nourriture ainsi que les animaux d’un zoo.

Les noirs africains, tous réduits au terme générique de « nègre » fortement connoté de racisme, sont parqués dans plusieurs villages quadrillés et cadastrés, reproduits à l’identique ou presque, avec leurs cases de toutes grandeurs et de toutes formes, éventuellement la mosquée ou un mur d’enceinte en terre, et leurs habitants, quelques échantillons parfaitement sélectionnés, assignés à demeure fixe dans leurs espaces respectifs. Il s’y trouve aussi des animaux sauvages, des singes surtout, ou des chiens du pays; le tout au milieu d’une grande variété d’ustensiles et d’objets du quotidien où les idoles en bois, les tambours et autres instruments de musique occupent une place de choix. Ainsi se côtoient le village Pahouin d’une ethnie du Gabon, le village Louango d’une tribu du Congo, le village sénégalais dominé par la reconstitution de la Tour de Saldé, partie d’un ouvrage militaire aux proportions imposantes édifié aux premiers temps de la conquête du Fouta-Djalon par le commandant Faidherbe qui prit part en 1851 à l’expédition de la petite Kabylie, attaché aux troupes du général Bosquet.

Les villages indigènes, villages exotiques, villages d’exposition et d’exhibition, étaient censés reconstituer la vie quotidienne de ces peuples lointains soumis à la France. C’était des lieux de vie imposés et des lieux de spectacle obligés, sans pratiquement possibilité d’en sortir, sous peine de punition, pendant les six mois que va durer l’Exposition universelle. Quatre cent indigènes auront ainsi été déplacés de leur pays d’origine pour faire le spectacle et peupler des décors montés de toute pièce.

Les indigènes noirs eurent le plus à souffrir des conditions de vie déplorables lors de leur séjour en métropole. Le dépaysement, le climat, les contraintes inhérentes à des exhibitions journalières (danses, chants, simulation d’activités collectives…) qui les exposaient au public, comme des animaux de foire ou des ours savants, les épuisaient physiquement et moralement.

Dans une scénographie intentionnellement perverse, les villages nègres donnaient l’image de zoos humains. C’était l’attraction la plus courue avec ces hommes et ces femmes dont la couleur de peau était la première des curiosités. A leur insu, ils assumaient par eux-mêmes la fonction légitimatrice à la fois de la colonisation à vocation civilisatrice et des thèses qui prônaient une hiérarchie des races. Le visiteur mesurait les efforts redoublés que devait déployer l’administration coloniale pour civiliser ces peuplades primitives. Le mythe du « sauvage cannibale » devant évoluer vers celui du « bon sauvage ».

Le Pavillon de l’Algérie, partie intégrante de la France

L’Algérie a été de toutes les expositions universelles, depuis la première, celle de 1851 à Londres, puis les suivantes qui se tinrent dans les grandes villes du monde au 19éme siècle, tel que Vienne en 1873, Philadelphie en 1873 et Melbourne en 1880. A partir de l’Exposition universelle de Paris de 1867, l’Algérie disposait de son propre pavillon. En tant que colonie de peuplement, l’objectif était non seulement d’exposer ses richesses agricoles, minières et industrielles, mais aussi d’attirer des capitaux et une population européenne, surtout française.

Lors de l’Exposition universelle de 1889, le « Palais de l’Algérie » est implanté sur l’esplanade des Invalides, un espace entièrement réservé aux pavillons et villages des « Sections coloniales », mais il se trouve un peu en retrait, à l’angle du quai d’Orsay et de la rue de Constantine, là où se situe le Ministère des Affaires étrangères. De par son intérêt stratégique pour l’économie française, c’est le pavillon le plus important et le plus visible dans cette partie coloniale de l’Exposition universelle. D’ailleurs, le chemin de fer intérieur, une des attractions phare, marque un arrêt devant le Palais de l’Algérie parmi les neuf stations que compte la ligne.

Le pavillon de l’Algérie et ses annexes occupent 6300 mètres carrés, soit un peu plus du cinquième de la superficie totale de l’esplanade des Invalides. L’Algérie, partie intégrante de la France, jouit de ce fait, d’un statut privilégié par rapport aux autres colonies.

La composition architecturale du pavillon de l’Algérie rappelle à la fois la mosquée par son minaret de 22 mètres surplombé du drapeau tricolore, et le palais de style mauresque dont des éléments esthétiques modernes ont été ajoutés à la construction, selon une démarche conceptuelle néo-mauresque, une sorte d’appropriation par le colonisateur des caractères distinctifs du patrimoine traditionnel algérien, modélisé d’après l’image mentale que celui-ci se fait de l’assimilation culturelle.

A l’intérieur du Palais de l’Algérie, les exposants présentent des articles du pays ; vins et autres boissons fermentées, produits agricoles, miels et spécimens de produits alimentaires, lièges et bois divers, minéraux, marbres, tapis, maroquinerie… Les organisateurs de l’Exposition universelle ont conçu un discours adapté aux différents types de colonies et possessions, en fonction de l’ancienneté de l’implantation française. Pour le cas de l’Algérie, le discours misait essentiellement sur son potentiel économique et les bénéfices que la métropole pouvait en tirer, une manière de justifier les dépenses importantes consacrées à la pérennisation de la présence française.

Sur le terre-plein situé derrière le Palais de l’Algérie ont été reconstitués :un souk traditionnel, lieu de rassemblement hebdomadaire des populations rurales, animé par des marchands indigènes et des petits artisans qui s’adonnent à leurs tâches habituelles; une habitation typique du Djurdjura; un campement nomade où s’élèvent de vastes tentes à larges rayures multicolores avec un peu plus loin des chevaux de la jumenterie de Tiaret attachés à des pieux ; et pour le spectacle, un café maure où la secte des Aïssaouias avec bannières et étendards se livre à des rituels d’automutilation, lors de danses extatiques au son du tambourin et de la gheita. C’était là une mise en scène délibérément archaïque et caricaturale de l’Algérie colonisée. Pour les visiteurs l’illusion était complète. Ces reconstitutions qui se voulaient d’un caractère didactique pour faire connaître un pays mal connu, en disaient davantage sur la perception qu’avait le pouvoir colonial du peuple algérien, faute de le montrer sous son véritable jour et dans toute son authenticité.

Situation de l’Algérie colonisée à l’époque de l’Exposition universelle de 1889

Tandis que festivités fastueuses, cérémonies mondaines ponctuent chaque jour de l’Exposition universelle, le peuple algérien vit depuis plus d’un demi-siècle sous le joug colonial. Il est dans ce monde, mais il n’existe pas en tant que tel. Les indigènes musulmans ne sont pas des citoyens à part entière, mais des sujets français soumis au Code de l’indigénat adopté le 28 juin 1881. Par volonté discriminatoire, le régime de l’indigénat fait des libertés individuelles et collectives dont jouissent les Français de la colonie, de véritables infractions lorsqu’il s’agit des indigènes-musulmans, alors passibles de mesures punitives spéciales tout aussi dégradantes les uns que les autres.

En 1889, l’Algérie coloniale a de quoi se réjouir, et pour cause, l’œuvre de pacification est pratiquement achevée dans le nord du pays et les premières marche du Sud, après la longue chaîne des insurrections et révoltes de différente ampleur, réduites les unes que les autres par des répressions sauvages. La dernière en date, l’insurrection menée de mars 1871 à janvier 1872 par Cheikh El-Mokrani, avec le concours de son fils Boumezrag et l’appui de son allié Cheikh El-Haddad, chef de la confrérie Rahmaniya, a été écrasée dans le sang. S’en suivront peines de mort, déportations, confiscations de terres, séquestres et amendes collectives impressionnantes. Ce fut la dernière grande insurrection dans le nord de la colonie où le processus de colonisation était à son apogée.

Epuisé, exposé aux disettes et épidémies, le peuple algérien vit les heures les plus sombres de son histoire. Les populations n’ont plus le souffle pour poursuivre la résistance face au colonisateur français, qui à présent étendait sa politique de pacification en profondeur dans les zones sahariennes où Bouamama et les tribus du Sud Oranais, les Ouled Sidi Cheikh, vont prendre le relais de la résistance armée.

A l’heure où l’Exposition universelle faisait de la France la vitrine de la civilisation occidentale, le peuple algérien écrasé par la domination coloniale, endurait souffrances et misères, sans pour autant s’avouer vaincu. C’était bien ce même peuple si courageux, si vaillant qui suscita l’admiration de Napoléon III, à l’occasion d’un spectacle de fantasia auquel il assista le 19 septembre 1860 lors d’un voyage en Algérie. Ce jour-là, de fougueux cavaliers arabes, burnous au vent, se lançaient dans des courses folles sur leurs montures richement harnachées, tout en faisant tournoyer au-dessus de l’épaule leurs mousquets à silex qu’ils déchargeaient dans d’assourdissantes détonations en passant devant la tribune impériale. « Ce n’est pas un peuple, c’est une armée ! », s’exclama avec émerveillement Napoléon III.

Les indigènes de l’Exposition universelle, spectacle de la cérémonie de clôture

Le 29 septembre 1889, quarante-huit heures avant la clôture de l’Exposition universelle, le Président de la république procède dans la grande nef du « Palais des industries diverses », à la distribution des récompenses aux exposants. A cette occasion, l’Algérien Hamoud, fondateur de la société Hamoud Boualem, est récompensé d’une médaille d’or, catégorie hors concours, pour sa boisson « La Royale ». Le gouvernement de la métropole choyait les représentants de la vieille bourgeoisie citadine algéroise dans le secret espoir de l’associer aux élites indigènes favorables à son projet assimilationniste, clé d’une paisible cohabitation entre les communautés arabe et européenne.

Le 31 octobre 1889, une cérémonie est organisée en grande pompe pour la clôture de l’Exposition universelle. Une cérémonie haute en couleur. Les indigènes de l’Exposition universelle dans leurs tenues traditionnelles défilent en délégations devant la tribune officielle où sont présents tous les membres du gouvernement et le Président de la république Sadi Carnot. Encore une fois, les indigènes des colonies ; Indochinois, Kanak, Congolais ,Gabonais, Sénégalais, Cambodgiens, Algériens, Tunisiens…sont exhibés en guise de spectacle à la gloire de l’empire colonial de la France qui a retrouvé sa place parmi les grandes puissances.

A quatorze heures, sur un coup de canon tiré depuis le premier étage de la Tour Eiffel et enregistré sur le phonographe d’Edison, l’Exposition universelle de Paris avec un score de trente-deux millions d’entrées, ferme officiellement ses portes dans une effervescence festive. Elle se clôture sur l’image d’une France républicaine confiante en elle-même, plus conquérante que jamais. Au même moment, sur l’autre rive de la Méditerranée, le peuple algérien, plongé dans une longue nuit coloniale, attendait son heure avec la résignation active du croyant devant les fatalités de l’histoire.

 » la barbarie du «système colonial « 

 El Djazaïr  » la barbarie du «système colonial « 

Il est constant qu’à la veille de toutes les élections présidentielles françaises, outre la récurrente thématique de l’immigration , éternelle bouc-émissaire, l’Histoire fait également irruption pour certains candidats qui espèrent engranger les voix d’une partie de l’électorat sensible à la démagogie. Ici, rappel des faits d’Histoire démontrant les méfaits de ce qu’il a été convenu d’appeler «le système colonial».

Force donc est de revenir à un réel débat sur les réalités historiques significatives qui exigent plus que des «excuses» et appelant une juste réparation («excuses» que d’autres pays ont officiellement formulées : Canada, Australie…) ; ainsi : restitution du Trésor d’Alger ayant servi à l’industrialisation de la France et aujourd’hui évalué à plusieurs milliards d’euros, restitution des archives non accessibles aux chercheurs et encore moins au commun des mortels (notamment celles des périodes coloniale et ottomane, indemnisation de centaines de milliers de familles d’Algériens ayant subi le génocide du système colonial de tout un peuple (enfumades, napalm, tortures…) et des Algériens du Sud suite aux essais nucléaires de l’ancienne puissance coloniale…

Ainsi, selon une légende tenace, le «coup de l’éventail» datant de 1827 a été le coup d’envoi du blocus maritime d’Alger par la marine royale française. L’aventure coloniale avait pour objectif de consolider l’influence française dans le bassin occidental de la Méditerranée. Le 5 juillet, les Français occupèrent Alger ; le même jour, le dey Hussein signa l’acte de capitulation. Premières conséquences : l’effondrement du pouvoir ottoman, le pillage des caisses de l’État, l’expulsion des janissaires d’Alger vers l’Asie Mineure et l’accaparement par la France de toutes les terres du Beylik. Le 1er décembre 1830, Louis-Philippe nomma le duc de Rovigo chef du haut-commandement en Algérie pour mettre en œuvre la colonisation dont la violence est notoire. Après avoir battu Abd-El-Kader, le général Desmichels signa avec ce dernier un traité qui reconnut l’autorité de l’émir sur l’Oranie et permit à la France de s’installer dans les villes du littoral. Officiellement, le 22 juillet, la Régence d’Alger devint «Possession française d’Afrique du Nord». Abd-El-Kader battit le général Trézel dans les marais de la Macta, près de Mascara. Il put également encercler la ville d’Oran durant une quarantaine de jours. Arrivé en renfort de métropole, le général Bugeaud infligea une défaite à celui-ci. Courant janvier 1836, le général Clauzel s’empara de Mascara et de Tlemcen. Le traité de la Tafna fut signé le 30 mai 1837 entre le général Bugeaud et l’émir Abd El Kader. Ce dernier établit sa capitale à Mascara. Le comte de Damrémont, devenu gouverneur général de l’Algérie en 1837, se mit en rapport avec le bey de Constantine pour obtenir une Convention similaire se heurtant au rejet de Ahmed Bey. Courant octobre 1837, ledit gouverneur général se mit en marche sur Constantine fort de dix mille hommes. Après sept jours de siège au cours desquels le comte de Damrémont fut tué, la ville fut conquise.

En 1839, l’armée française ayant entrepris d’annexer un territoire situé dans la chaîne des Bibans, (chaîne de montagnes du Nord d’El DjazaÏr), l’Emir Abdel El Kader considéra qu’il s’agissait d’une rupture du traité de Tafna. Il reprit alors sa résistance ; il pénétra dans la Mitidja et y détruisit la plupart des fermes des colons français. Il constitua une armée régulière (dix mille hommes, dit-on) qui reçut leur instruction des Turcs et de déserteurs européens. Il aurait même disposé d’une fabrique d’armes à Miliana et d’une fonderie de canon à Tlemcen. Il reçut également des armes provenant de l’Europe. Nommé gouverneur général de l’Algérie française en février 1841, Bugeaud arriva à Alger avec l’idée de la conquête totale de l’Algérie. Par l’entremise des «bureaux arabes», il recruta des autochtones tout en encourageant l’établissement de colonies.

Il a pu dire alors : «Le but n’est pas de courir après les Arabes, ce qui est fort inutile ; il est d’empêcher les Arabes de semer, de récolter, de pâturer, […] de jouir de leurs champs […]. Allez tous les ans leur brûler leurs récoltes […], ou bien exterminez-les jusqu’au dernier.» Ou encore : «Si ces gredins se retirent dans leurs cavernes, imitez Cavaignac aux Sbéhas !

Fumez-les à outrance comme des renards». De fait, en mai 1841, l’armée française occupa Tagdemt (situé à Tiaret qui fut capitale des Rustumides), puis Mascara pratiquant la razzia et détruisant récoltes et silos à grains. Il semble que l’Emir Abd-El-Kader fit en vain appel au sultan ottoman. C’est ainsi que, courant mai 1843, le duc d’Aumale prit par surprise la «smala» d’Abd-El-Kader faisant trois mille prisonniers (smala : «réunion de tentes abritant les familles et les équipages d’un chef de clan arabe qui l’accompagnent lors de ses déplacements»).

En février 1844, la France mit en place une Direction des Affaires Arabes pour contrôler les bureaux arabes locaux dans les provinces d’Alger, d’Oran et de Constantine avec le dessein de disposer de contacts avec la population autochtone. Fin mai 1844, des troupes marocaines prirent d’assaut les troupes françaises installées dans l’Oranais, mais furent repoussées par le général Lamoricière. Réfugié au Maroc, l’Emir Abd-El-Kader a pu décider le sultan Moulay Abd-El-Rahman d’envoyer une armée à la frontière algéro-marocaine provoquant ainsi des incidents qui, après d’infructueux pourparlers, décida le général Bugeaud de repousser l’armée du sultan marocain qui fut défaite (bataille d’Isly). L’armée marocaine dut se replier en direction de Taza, obligeant le sultan à interdire son territoire à Abd-El-Kader qui finit par se rendre aux spahis (à l’origine, les spahis furent un corps de cavalerie traditionnel du dey d’Alger, d’inspiration ottomane ; lors de la conquête de l’Algérie par la France, ils furent intégrés à l’Armée d’Afrique qui dépendait de l’armée de terre française). L’Emir Abd-El-Kader fut d’abord placé en résidence surveillée durant quatre ans en France (il fut libéré par Napoléon III), puis résida en Syrie jusqu’à la fin de sa vie. C’est ainsi que la Constitution française de 1848 fit de l’Algérie une partie intégrante du territoire français, notamment par l’institution de trois départements français : Alger, Oran et Constantine, les musulmans et les juifs d’Algérie étant considérés des «sujets français» avec le statut d’ «indigènes». La résistance continua d’être vive en Kabylie et dans l’oasis des Zaatcha dans l’actuelle wilaya de Biskra. Plus tard, la domination française s’étendit à la Petite Kabylie. Jusqu’en juillet 1857, le la résistance continua dans le Djurdjura avec Lalla Fatma N’Soumer.

Révoltes constantes

A la veille du début de la conquête française, on estimait la population algérienne à trois millions d’habitants. La violente guerre de conquête, notamment entre 1830 et 1872, explique le déclin démographique de près d’un million de personnes. On évoque également les invasions de sauterelles entre 1866 et 1868, les hivers très rigoureux à la même période (ce qui provoqua une grave disette suivie d’épidémies tel le choléra). Pour les Européens d’alors, cette donnée était bénéfique dès lors qu’elle diminuait le déséquilibre démographique entre les «indigènes» et les colons. Ce, outre que le nombre important de constructions détruites avait pour dessein de gommer l’identité d’El Djazaïr. L’objectif était de détruire matériellement et moralement le peuple algérien. Sous Napoléon III, il fut question d’un «royaume arabe» lié à la France avec celui-ci comme souverain. A la même période, on a estimé que quelques deux cent mille colons, français ou européens, possédaient environ sept cent mille hectares. D’un point de vue législatif, il y eut le sénatus-consulte du 14 juillet 1865 inspiré par le Saint-Simonien Ismaël Urbain, ayant trait au statut personnel et la naturalisation de l’«indigène musulman» et de l’«indigène israélite» (voire à la naturalisation des «étrangers qui justifient de trois années de résidence en Algérie», appelés plus tard «pieds noirs»). Force est de constater qu’en décembre 1866, furent créés des conseils municipaux élus par quatre collèges séparés : français, musulmans, juifs et étrangers européens, les Français disposant des deux tiers des sièges.

La révolte de 1871 est considérée comme la plus importante insurrection contre le pouvoir colonial français. Ainsi, plus de deux cent cinquante tribus se soulevèrent (environ un tiers de la population de l’Algérie d’alors). Elle fut menée depuis la Kabylie (les Bibans ou Tiggura) par le cheikh El Mokrani, son frère Boumezrag et le cheikh Haddad (chef de la confrérie des Rahmanya). Après cette révolte, plus de cinq cent mille hectares furent confisqués et attribués aux «émigrés hexagonaux» suite à la défaite française de 1870 face à l’Allemagne. C’est ainsi que de 245.000, le nombre des colons aboutit à plus de 750.000 en 1914. A la même date, le nombre des Djazaïris («indigènes») passa de deux millions à cinq millions. Après la chute de Napoléon III, les tenants de la Troisième République préconisèrent une politique d’assimilation, notamment par la francisation des noms et la suppression des coutumes locales. Le 24 octobre 1870, en vertu des décrets du Gouvernement provisoire, le gouvernement militaire en Algérie céda la place à une administration civile. La nationalité française fut accordée aux Juifs d’Algérie (décret Crémieux) qui furent néanmoins soumis à l’antisémitisme des colons. En accordant aux juifs algériens le même statut que les Français d’Algérie, ce décret divisa les autochtones qui continuèrent de vivre dans une condition de misère accentuée par de nombreuses années de sécheresse et de fléaux. Les biens des insurgés Algériens de 1871 furent confisqués. Ainsi, une loi du 21 juin 1871 attribua quelque cent mille hectares de terres en Algérie aux «migrants d’Alsace-Lorraine».

Et le 26 juillet 1873, fut promulguée la loi Warnier qui eut pour objectif de franciser les terres algériennes. Le 28 juin 1881, fut adopté le code de l’indigénat qui distingua deux catégories de citoyens : les citoyens français et les sujets français («indigènes»). Ces derniers furent soumis au code de l’indigénat qui les priva de leurs libertés et de leurs droits politiques (seul fut conservé le statut personnel, d’origine religieuse ou coutumière).

Lors de la première guerre mondiale, la France mobilisa les habitants des départements français d’Algérie : Musulmans, Juifs et Européens. C’est ainsi que les tirailleurs et spahis musulmans combattirent avec les zouaves (unités françaises d’infanterie légère) européens et juifs d’Algérie. Il semble que près de 48.000 Algériens furent tués sur les champs de bataille lors de la première Guerre mondiale, ayant été de toutes les grandes batailles de l’armée française (notamment à celle de Verdun). Plus tard, en 1930, la célébration par la France du centenaire de la «prise d’Alger» fut ressentie comme une provocation par la population. Le projet de loi Blum-Viollette (Front populaire) pour l’attribution de droits politiques à certains musulmans sera rejeté à l’unanimité lors du congrès d’Alger du 14 janvier 1937. Au cours de la seconde guerre mondiale, plus de 120.000 Algériens furent recrutés par l’armée française. Avec l’occupation allemande (1940-1944), plusieurs centaines de musulmans («Nord-Africains») installés en France furent engagés pour constituer ce qui a été appelé la «Légion nord-africaine». De trois millions en 1880, la population d’El Djazaïr passa à près de dix millions en 1960 pour environ un million d’Européens.

Il semble qu’à la veille du déclenchement de la guerre d’indépendance, «certaines villes sont à majorité musulmane comme Sétif (85 %), Constantine (72 %) ou Mostaganem (67 %)». L’essentiel de la population musulmane était pauvre, vivant sur les terres les moins fertiles. La production agricole augmenta peu entre 1871 et 1948 par rapport au nombre d’habitants, El Djazaïr devant alors importer des produits alimentaires. En 1955, le chômage était important ; un million et demi de personnes était sans emploi (la commune d’Alger aurait compté 120 bidonvilles avec 70 000 habitants en 1953). Dans ce cadre, l’Algérie était composée de trois départements, le pouvoir étant représenté par un gouverneur général nommé par Paris. Une Assemblée algérienne fut créée ; elle était composée de deux collèges de 60 représentants chacun : le premier élu par les Européens et l’élite algérienne de l’époque et le second par le «reste de la population algérienne».

Le Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques en Algérie (MTLD) de Messali Hadj avait alors obtenu une large victoire lors des élections municipales de 1947 ; ce parti devint la cible de la répression des autorités françaises. Il y eut ensuite des fraudes massives lors de l’élection de l’Assemblée algérienne. Il est vrai qu’au début du XXe siècle, les leaders algériens réclamaient alors tantôt le droit à l’égalité, tantôt l’indépendance. C’est ainsi que plusieurs partis furent créés : l’Association des Oulémas musulmans algériens, l’Association de l’Étoile Nord-Africaine, le Parti du Peuple Algérien (PPA), les Amis du Manifeste des Libertés (AML), le Parti communiste algérien (PCA)…

Le 8 mai 1945, prélude à la révolution

Le 8 mai 1945, eurent lieu des manifestations d’Algériens dans plusieurs villes de l’Est du pays (notamment à Sétif, Kherrata et Guelma) ; ce, à la suite de la victoire des Alliés sur le régime nazi. A Sétif, la manifestation tourna à l’émeute. La répression par l’armée française fut des plus brutales provoquant la mort de plusieurs centaines de milliers de morts parmi les Algériens. Cette férocité sans nom eut pour conséquence davantage de radicalisation. Certains historiens ont pu estimer que ces massacres furent le début de la guerre d’Algérie en vue de l’indépendance.

Devant l’inertie des leaders qui continuaient de tergiverser, apparut l’Organisation spéciale (OS) qui eut pour but d’appeler au combat contre le système colonial devenu insupportable. Elle eut pour chefs successifs : Mohamed Belouizdad, Hocine Aït Ahmed et Ahmed Ben Bella. Un Comité révolutionnaire d’unité et d’action (CRUA) fut créé en mars 1954 et le Front de libération nationale (FLN) en octobre 1954. En Algérie, le déclenchement de la guerre de libération nationale est caractérisé comme étant une Révolution (en France, on utilisa le terme de «guerre d’Algérie» après l’avoir désigné comme étant des évènements d’Algérie jusqu’en 1999). L’action armée intervint à l’initiative des «six historiques» : Rabah Bitat, Mostefa Ben Boulaïd, Mourad Didouche, Mohamed Boudiaf, Belkacem Krim et Larbi Ben M’hidi lors de la réunion des 22 cadres du CRUA. La Déclaration du 1er novembre 1954 fut émise depuis Tunis par radio.

La guerre d’Algérie débuta le 1er novembre 1954 avec quelques soixante-dix attentats dans différents endroits d’Algérie. La réponse de la France ne se fit pas attendre ; des mesures policières (arrestations de militants du MTLD), militaires (augmentation des effectifs) et politiques (projet de réformes présenté le 5 janvier 1955). François Mitterrand a pu alors déclarer : «L’Algérie, c’est la France». Il déclencha la répression dans les Aurès ; ce qui n’empêcha pas à l’Armée de libération nationale (ALN) de se développer.

De quelques cinq cent hommes, elle augmenta ses effectifs en quelques mois pour atteindre quinze mille et plus tard plus de quatre cent mille à travers toute l’Algérie. Les massacres du Constantinois des 20 et 21 août 1955, notamment à Skikda (alors Philippeville) constituèrent une étape supplémentaire de la guerre. La même année, l’affaire algérienne fut inscrite à l’ordre du jour à l’Assemblée générale de l’ONU, tandis que plusieurs chefs de l’insurrection de l’armée furent soit emprisonnés, soit tués (Mostefa Ben Boulaïd, Zighoud Youcef…). Des intellectuels français aidèrent le FLN, à l’instar du réseau Jeanson, en collectant et en transportant fonds et faux papiers.

Le 22 octobre 1956, eut lieu le détournement de l’avion qui transportait la Délégation des principaux dirigeants du FLN : Mohamed Khider, Mohamed Boudiaf, Aït Ahmed, Ahmed Ben Bella, Mostefa Lacheraf.

Ce fut là un acte caractérisé de piraterie aérienne. De même, il y eut l’opération d’intoxication de la bleuite (1957-1958) menée par les services secrets français ; le colonel Amirouche Aït Hamouda mit alors en place des purges internes (Wilaya III) qui firent de très nombreux morts dans différentes wilayas. Plus tard, le France déclencha de grandes opérations (plan Challe 1959-1961), les maquis ayant été sans doute affaiblis par ces purges internes.

Ce plan amoindrit davantage les maquis. Arrivé au pouvoir, Charles de Gaulle engagea une lutte contre les éléments de l’Armée de libération nationale algérienne (ALN). Il semblerait que le plan Challe ait entraîné, en quelques mois, la suppression de la moitié du potentiel militaire des wilayas. Les colonels Amirouche Aït Hamouda et Si El Haouès furent tués lors d’un accrochage avec les éléments de l’Armée française. En 1959, à sa sortie de prison, Messali Hadj fut assigné à résidence.

En France, les Algériens organisèrent des manifestations en faveur du FLN. En 1960, le général de Gaulle annonça la tenue du référendum pour l’indépendance de l’Algérie ; certains généraux français tentèrent en vain un putsch en avril 1961. Il n’est pas anodin de rappeler qu’en février 1960, la France coloniale a procédé à un essai nucléaire de grande ampleur dans la région de Reggane (sud algérien). Avec 17 essais nucléaires opérés par la France entre les années 1960 à 1966, il semble que 42.000 Algériens aient trouvé la mort ; des milliers d’autres ont été irradiés et sujets à des pathologies dont notamment des cancers de la peau.

Le Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA) fut proclamé avec à sa tête Ferhat Abbas. Le colonel Houari Boumediene était alors le chef d’état-major de l’Armée de libération nationale. En 1960, l’ONU annonça le droit à l’autodétermination du peuple algérien. Des pourparlers avec le GPRA furent organisés pour aboutir aux accords d’Évian (18 mars 1962). Ce qui ne mit pas fin aux hostilités puisqu’il y eut une période de violence accrue, notamment de la part de l’OAS. Près d’un million de Français (Pieds-noirs, Harkis et Juifs) quitta l’Algérie entre avril et juin 1962. Le référendum d’autodétermination (1er juillet 1962) confirma les accords d’Évian avec 99,72 % des suffrages exprimés.

Le bilan de cette guerre, en termes de pertes humaines, continue de soulever des controverses des deux côtés de la Méditerranée. Si El Djazaïr se considère avec fierté comme le pays du million et demi de chahids, en France circulent d’autres chiffres qui oscillent entre 250.000 à 300.000 morts. Outre cette comptabilité macabre, bien d’autres sujets continuent de constituer un contentieux entre les deux pays. Il est vrai aussi que la guerre fratricide entre le FLN et le MNA (mouvement de Messali Hadj) fit quelques centaines de morts tant en France qu’en Algérie (notamment à Melouza), outre le nombre de harkis tués après le cessez-le-feu. Ce, sans oublier les luttes pour le pouvoir : d’un côté, le pouvoir civil avec le GPRA présidé par Ferhat Abbas appuyé par les wilayas III et IV, et de l’autre côté le pouvoir militaire (le «clan d’Oujda») et l’«armée des frontières») avec à sa tête Houari Boumediene.

A l’indépendance, El Djazaïr est sortie exsangue des suites de la guerre, des conflits internes et du départ massif des Européens ayant servi d’encadrement durant la période coloniale. L’armée française évacua ses dernières bases en Algérie (enclaves autorisées par les accords d’Évian) : Reggane et Bechar (1967), Mers el-Kébir (1968), Bousfer (1970) et B2-Namous (1978). Ainsi, nonobstant l’indépendance, la France continua d’avoir des bases en Algérie.

Le GPRA de Ferhat Abbas fut évincé par l’ALN au profit d’Ahmed Ben Bella qui fut ainsi le premier président de l’Algérie indépendante du système colonial français. Le FLN devint parti unique et prôna un socialisme à l’algérienne marqué par le populisme et le culte de la personnalité. Et, depuis le coup d’Etat du 19 juin 1965 à ce jour, El Djazaïr ne cesse de s’interroger sur son destin à travers l’Histoire, y compris jusqu’au Hirak dont on peut encore espérer un antidote au pouvoir politique marqué par l’échec de la gérontocratie.

Qu’émerge enfin une nouvelle élite de jeunes, organisés et conscients des enjeux et des défis à relever par El Djazaïr, au-delà des «excuses» de l’ancienne puissance coloniale ! Les gesticulations électoralistes outre-méditérranée ne sauraient faire oublier la barbarie du «système colonial». Ammar Koroghli*

Entre amateurisme et arrogance coloniale.


EMMANUEL MACRON ET L’AFRIQUE, DE L’AMATEURISME À L’ARROGANCE

PAR JEMINFORMETV

Pensé par l’Elysée et le Quai d’Orsay comme un tournant dans les relations franco-africaines, le 28 è Sommet Afrique-France, qui se tient du 7 au 9 octobre à Montpellier, dans le sud de la France, est plombé par les fortes tensions diplomatiques entre Paris et plusieurs capitales africaines

Il avait été envisagé pour « réinventer les relations entre la France et l’Afrique » à travers un format inédit qui exclut, pour la première fois depuis 1973, la participation des chefs d’Etat africains. Le nouveau chapitre des relations tumultueuses entre la France, ses anciennes colonies et les autres pays africains devait, selon la présidence française, s’écrire avec la société civile, le monde des affaires, les intellectuels africains attendus en force à Montpellier. 

Un chapelet de crises 

C’est sans doute un mauvais coup de destin pour le 28 è sommet Afrique-France : à la veille de son ouverture, la diplomatie française s’est fâchée avec plusieurs pays d’Afrique subsaharienne et du Maghreb. Avec le Mali, les relations ont atteint un point de non-retour après la décision de Bamako de signer un accord de coopération avec la société privée de sécurité russe Wagner. Alors que les autorités de transition maliennes voient dans ce choix un acte de souveraineté, la diplomatie française y trouve une décision déloyale. Rien ne semble indiquer aujourd’hui que les deux parties iront vers un apaisement. Le contentieux diplomatique et militaire entre la France et le Mali vient s’ajouter aux bisbilles entre Paris et la Républicaine centrafricaine qui portaient également sur l’arrivée de Wagner dans l’ancien pré-carré français. Même si la diplomatie française s’en défend, les autorités centrafricaines voient dans leurs difficultés à obtenir des visas pour la France une forme de rétorsion qui ne dit pas son nom. Simple maladresse ou sentiment de superpuissance, la France a ouvert en même temps que les deux pays subsahariens une crise diplomatique avec l’Algérie, le Maroc et la Tunisie, en décidant de diminuer de moitié le nombre de visas accordé aux ressortissants de ces trois pays au motif qu’ils ne coopèrent pas assez pour le renvoi du territoire français de leurs nationaux en situation irrégulière. Déjà très remontée par cette décision, l’Algérie a trouvé une raison supplémentaire de se fâcher avec la France dans les propos d’Emmanuel Macron qui avait estimé, devant des petits-fils de Harkis à l’Elysée, que les pouvoirs algériens post-guerre d’indépendance exploitaient à fond « la rente mémorielle ». 

Un logiciel diplomatique démodé  

A supposer même qu’il n’y ait pas toutes ces crises, Montpellier n’aurait pas accouché d’un nouveau chapitre dans les relations entre la France et l’Afrique. Le 28 è Sommet repose sur la politique du fait accompli dont la France est souvent coutumière avec l’Afrique. C’est la France et la France elle seule qui a décidé qu’elle n’inviterait aucun chef d’Etat africain. Sans concertation, ni service après-vente pour expliquer aux dirigeants africains pourquoi ils ne seront pas accueillis dans le sud de la France. En tout cas, la rupture dans les relations entre la France et l’Afrique commencera lorsque les dirigeants français changeront de logiciel et commenceront à traiter d’égal à égal avec leurs homologues africains. Sur ce point, personne n’a oublié la bourde diplomatique de Macron qui a annoncé en décembre 2019 à Bruxelles la tenue d’un Sommet entre la France et les pays les chefs d’Etat du G5 Sahel alors que ces homologues du Burkina Faso, du Mali, de la Mauritanie, du Niger et du Tchad n’en étaient même pas informés. L’attitude des dirigeants français dans la crise malienne est venue achever de convaincre que le sommet de Montpellier ne suffira pas à poser la première pierre du chantier des relations réinventées entre la France et l’Afrique. 

Des relents colonialistes  

Entre amateurisme et arrogance coloniale, le président Macron, la ministre des armées Florence Parly et le ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian se sont adressés au Premier ministre malien Choguel Maïga comme à un « sous-préfet » de la République française. Leurs propos sortaient, de toute évidence, du registre diplomatique et de la courtoisie habituelle requise dans les relations entre les Etats. 

A Montpellier, on n’abordera pas ce principe de considération et de respect mutuels entre dirigeants africains et français, ni même le contentieux non soldé de l’histoire coloniale (le drame de Thiaroye, les massacres des indépendantistes au Cameroun, à Madagascar). Tout s’y passera comme si en préférant la société civile aux dirigeants africains, la France va réinventer ses relations avec l’Afrique. Il faut donc bien plus que des innovations de forme et un dialogue entre le président français et des jeunes Afrique le vendredi 9 octobre pour réinventer les relations entre la France et l’Afrique. 

Sans haine pour la France, sans amnésie pour l’histoire

Sans haine, mais pour la vérité

A.K

Sans haine pour la France, sans amnésie pour l'histoire

Les Algériens ne haïssent ni la France, ni le peuple français, ni la langue française, ni la littérature française, ni l’architecture française, ni la médecine française, ni les scientifiques français, ni les révolutionnaires français, mais ils haïssent, à raison, le colonialisme français, ses exactions, ses crimes, ses massacres, ses tueries, ses viols, son racisme, son mépris et sa haine des Algériens, sa déprédation du patrimoine physique et culturel du peuple algérien, le piétinement de son identité, de ses valeurs et de son histoire.

En fait, leur expérience du colonialisme français et leur lutte victorieuse contre lui, les conduit à haïr tous les colonialismes, tous les racismes, toutes les formes de domination et d’aliénation qui portent atteinte à la dignité des humains où qu’ils se trouvent et à quelque époque que ce soit.

L’expérience historique des Algériens, expérience de la défaite et puis de la victoire, expérience de la conscience accablée et puis libre et souveraine, expérience des souffrances innommables et puis de la magnanimité, cette expérience-là est d’une richesse exceptionnelle.

Elle forme le substrat porteur de la construction d’une société et d’un État de haute valeur. Elle rend possible l’émergence de l’Algérie contemporaine comme un des lieux d’ancrage d’un monde plus juste à l’avenir, d’un monde qui s’extirpe de sa gangue d’ignorance, de cupidité, de corruption et d’affaissement moral, d’un monde respectueux des valeurs les plus précieuses de l’humanité, à savoir la justice, la liberté et -par-dessus tout- la dignité humaine.

Le dernier tabou des Harkis restés en Algérie après l’Indépendance


  LA SALE GUERRE

B.A.D

Le dernier tabou des Harkis restés en Algérie après l’Indépendance.

À sa sortie, le livre est attaqué par certaines associations françaises de harkis et d’enfants de harkis qui l’accusent notamment de «négationnisme des massacres [de harkis] de 1962». En octobre 2015, Pierre Daum est déprogrammé du Salon du livre de Mouans-Sartoux, dans les Alpes Maritimes, ville qui a accueilli un camp de harkis en 1962. Une conférence de Pierre Daum prévue à Toulon en novembre 2015 est également annulée.

En Algérie, l’ouvrage est qualifié de «livre-enquête» par la presse. En 2015, des extraits du livre, traduits en arabe et comportant certains passages falsifiés, sont publiés sans autorisation par le journal arabophone El Hayat. La sortie du livre à Alger, initialement prévue en octobre 2015, est brusquement annulée par l’éditeur algérien (ndlr : Sedia). Finalement, le livre est publié en mai 2016 chez Koukou Éditions» (Extrait de Wikipédia).

Harki ? un mot encore difficile à manier… signifiant «rapatrié» en France et pour beaucoup de Français, et «traître» en Algérie et pour la quasi-totalité des Algériens. Un mot «essentialisé» qui parle, depuis plus de cinquante ans, du présent au passé. En Algérie, il est devenu un terme générique, parfois très éloigné du sens originel, mais toujours chargé de haine et de violence, et souvent utilisé dans les discussions normales… même dans les cours des écoles… comme le mot «goumi».

Pour son enquête, l’auteur dit avoir parcouru 20.000 km, visité une soixantaine de villages de plusieurs régions d’Algérie et mené plusieurs mois d’enquête. Il a rencontré soixante anciens harkis…Trente-huit témoignages retenus, complétés par cinq de harkis présents en Algérie pendant plusieurs années après l’indépendance, avant de s’exiler en France. Aucun n’a parlé de «tueries collectives» et de «massacres» (thèse abondamment et volontairement propagée depuis 1962 par la droite et l’extrême-droite revancharde qui avance continuellement le chiffre de 150.000 harkis tués). Tout juste des «meurtres», des «exécutions» et des «assassinats»… surtout par des «marsiens» («résistants de la vingt-cinquième heure»). Les Français, après la Libération, en 45, ont fait bien pire ! Le fait même que les «collabos» (aux motivations complexes dont l’extrême misère, si l’on compare aux collabos français ayant fait, la plupart, en 1940, le choix du fascisme) sont, dans leur écrasante majorité, restés en Algérie (sur au moins 450.000 hommes, seuls 30.000 au maximum sont partis en France… Il en est donc resté 420.000), certains ou beaucoup (qui sait ?) occupant des postes-clés, montre bien que les Algériens, les politiciens y compris, malgré leurs «colères» et leur vocabulaire, sont bien plus tolérants et moins rancuniers que tous les autres. Révolutionnaires mais pas fascistes !

Deux grandes parties distinctes: D’abord, le cadre historique dans lequel s’inscrivent les parcours de tous ces «harkis» et de leurs familles restés dans leur pays après 1962. Pas de grandes révélations mais seulement des réponses à diverses questions. Ensuite, l’enquête et le témoignage.

L’AUTEUR : D’abord enseignant, installé en Autriche en 1994, il devient correspondant de Libération en Autriche et il effectue régulièrement de grands reportages pour le Monde diplomatique depuis 1996, parallèlement à des travaux de recherche sur le passé colonial de la France. Première enquête historique sur «Les Immigrés de force. Les travailleurs indochinois en France» avec une préface de Gilles Manceron : un film en est tiré et le livre est traduit en vietnamien. 2012. Second livre sur «Les Pieds-Noirs restés en Algérie» avec une préface de Benjamin Stora.

Avis : «Pierre Daum révèle que la majorité des harkis, bien qu’ayant traversé une période effroyable après guerre, n’ont pas été victimes de massacres et ont continué, non sans difficultés évidemment, leur vie en Algérie». L’avis de l’historien François-Xavier Hautreux qui salue «la grande qualité de cet ouvrage, qui permet de faire entendre ces voix si longtemps tues».

Ni valise, ni cercueil.Les pieds-noirs restés en Algérie après l’indépendance.Ouvrage historique de Pierre Daum. Préface de Benjamin Stora. Média-Plus, Constantine 2012, 451 pages, 1.500 dinars (Fiche déjà publiée. Pour rappel)

Je me souviens d’une petite vieille de 90 ans ou plus, à Annaba, dans les années 80, qui passait son temps (depuis les années 40 et jusqu’à sa mort) à soigner gratuitement les Algériens. Mlle (ou «mamma») Paulette était une infirmière (et sage-femme) retraitée de l’armée française et elle avait fait la Seconde Guerre mondiale. Elle parlait couramment l’arabe algérien (avec l’accent annabi, s’il vous plaît). Elle est morte, toujours plus que fidèle à sa religion catholique, dans un foyer musulman ami, au début des années 90, respectée, …vénérée… Elle avait été enterrée dans le cimetière chrétien de la ville en présence d’une foule immense et mise en terre juste au moment de l’Adhan du Dohr. Une vraie sainte ! Bien d’autres pieds-noirs ont suivi ce chemin de paix, d’amour et de franche fraternité… Près de 200 000 sont restés vivre normalement en Algérie après l’indépendance. La suite est une tout autre histoire… ils ne sont plus que quelques milliers ou quelques centaines… mais rien ne sert de chiffrer une communauté qui, bien souvent, s’est algérianisée presque totalement, sans cependant, pour la plupart, renier son origine ou sa foi… et, surtout, son amour profond, réel, pour un pays à nul autre pareil. Soleil, soleil de mon pays !

A qui la faute ? Bien sûr, bien des fautes ont été commises par les «Indigènes» devenus indépendants. Et, aussi, bien des déceptions comme le Code de la nationalité adopté en mars 1963 qui reprenait les catégories raciales, la religion prenant le pas – Musulmans/Européens – établies par l’ancien colonisateur, mais cette fois-ci les premiers étant favorisés et non les seconds. Mais, l’histoire de plus en plus en vraie, celle écrite aujourd’hui, cinquante ans après, par l’auteur, entre autres, est en train de corriger les faits détournés, mal expliqués, mal compris, mal retenus… «bien exploités». L’auteur, et il n’est pas le seul, est catégorique : «Tout le monde est aujourd’hui d’accord pour considérer que l’OAS est le premier et le principal responsable des coups virulents portés contre les accords d’Evian…».

Les 15 (5 femmes, 10 hommes) émouvants témoignages des personnes (sur les 150 recensées) qui sont soit parties puis revenues, soit séjournant encore ou ont séjourné très longtemps chez eux, en Algérie, donnent une autre image de ce que fut la «fuite» des pieds-noirs, trompés par les ultras (véritables producteurs du slogan «la valise ou le cercueil») craignant, sans raison bien souvent, on ne sait quelles représailles, enfermés dans une peur d’être «assassinés» par les Arabes, dans la peur ancestrale, réelle ou fantasmée, de l’Autre, en fait, ayant peur d’un déclassement économique, ou tout bonnement racistes sans se l’avouer. Et, une autre image de ce que furent les réactions, à la limite du compréhensible, aux crimes de l’OAS (entre autres et surtout à Oran : 1100 Algériens assassinés entre 1961 et 1962)… Après tout, selon les calculs de l’auteur, le nombre d’Européens pieds-noirs tués (depuis Sétif et Guelma) n’était que d’environ 5 000 (dont, dit-il, 1 800 enlevés au cours de l’année 1962 et jamais retrouvés)… alors que celui des civils musulmans tués par des Français était d’environ 60 000 dont 3 200 par l’OAS et le reste l’étant par les forces de l’ordre (sur un total de 20 000, militaires y compris contre 230 000 pour toute la guerre). Un pour 10 (et un pour 75 si l’on compte nos 1 500 000 martyrs). La différence parle d’elle-même !

Avis : Trois années d’enquête. Un travail de fourmi. Du journalisme d’investigation de première qualité (il a, aussi, écrit un ouvrage de référence sur «les travailleurs indochinois immigrés de force en Camargue de 1939 à 1952»). Mais, un ouvrage à conseiller surtout aux pieds-noirs partis et à leurs enfants afin qu’ils sachent qui, vraiment, était leur véritable ennemi, tous les «faiseurs de haine»… qui, hélas, l’âge n’arrangeant rien, sévissent encore, en France…

De nos frères blessés. Roman de Joseph Andras.Editions Barzakh, Alger 2016 (Actes Sud, Paris 2016), 152 pages, 600 dinars (Pour rappel. Fiche déjà publiée)

Pour François Mitterrand, le nom Fernand Iveton est resté (selon B. Stora) comme un «nom maudit», car il ne cessait de lui rappeler son rôle de maître-bourreau alors qu’il était ministre Garde des sceaux sous René Coty dans un gouvernement (celui de Guy Mollet) menant, en Algérie occupée, une guerre coloniale sans merci. Sous couvert de la «raison d’Etat», il avait, alors permis, entre autres, la décapitation de Fernand Iveton, le militant communiste algérien engagé dans le combat du Fln. Ami de Henri Maillot, proche du couple Guerroudj, il avait posé une bombe (préparé par Abderrahmane Taleb) dans l’usine où il travaillait, l’usine à gaz du Hamma/Alger (en un endroit où il n’y aurait eu aucune victime) et, dénoncé, avait été arrêté avant qu’elle n’explose. Ni blessés, ni morts. Elle n’a pas explosé. Et, pourtant, il sera sauvagement torturé, condamné de manière expéditive à la peine capitale et exécuté le 11 février 1957 (un de ses avocats n’était autre que Henri Smadja qui sera, deux jours après la décapitation, arrêté et emprisonné au Camp de Lodi)… A peine 30 ans. Le seul Algérien d’origine européenne guillotiné : Raison d’Etat ? Sous la pression du gros colonat et des populations fascistes d’Algérie ? Par haine des «bougnoules» et de leurs «amis» ? Pour l’exemple contre les indépendantistes d’origine européenne ? Par aveuglement, le pouvoir enfermant les gouvernants dans des bulles ? Andras vient enfin redonner vie à un homme, longtemps oublié, un «pied-noir» engagé pleinement et sans calcul, amoureux de justice sociale. Mais, dans son combat, il n’avait pas, hélas, été appuyé et soutenu (même par son parti politique d’origine). Laissé presque seul face à la «machine» infernale de l’armée coloniale. Heureusement, il y avait Hélène, son épouse d’origine polonaise, qu’il aimait autant que sa terre, l’Algérie.

L’AUTEUR: Né en 1984 en France et vivant en Normandie. C’est là son premier ouvrage… Lauréat du Goncourt du premier roman, il le refuse, arguant qu’une telle récompense serait un «frein» à son «indépendance d’écriture». On a de lui une photo (qui n’est, peut-être, pas la sienne) et on dit même qu’il écrit sous pseudonyme. Qui sait ?

Un véritable «roman-réalité». La vie et la mort d’un de nos (grands) héros de la guerre de libération nationale… Une lecture incontournable. Et, si prenante, si émouvante. De quoi réveiller toutes nos haines ! NOTE : L’ouvrage a été adapté au cinéma (sortie en octobre 2021 en France… Il a été partiellement tourné en Algérie en 2018).

CITATIONS : «La mort, c’est une chose, mais l’humiliation ça rentre en dedans, sous la peau, ça pose ses petites graines de colère et vous bousille des générations entières» (p 67), «La guerre et la loi n’ont jamais fait bon ménage» (p 116), «Je vais mourir, mais l’Algérie sera indépendante» (Fernand Iveton, p 148).

Où j’ai laissé mon âme. Un roman de Jérôme Ferrari. Barzakh Editions. Alger 2011 (Actes Sud, France, 2010). 156 pages, 800 dinars (Pour rappel. Fiche déjà publiée)

Ils ont cru, disent-ils, qu’ils se battaient pour quelque chose, «l’honneur de la France»… sans s’apercevoir que tout cela «n’existait plus».Ils ont laissé leur âme dans une «sale guerre» menée contre un peuple dont ils se refusaient à voir la justesse du combat mené pour la liberté. Devenus tortionnaires, ils ont emprisonné, «questionné», torturé, tué sans trop se poser de questions, tout sentiment étant caché par l’uniforme militaire… ne voyant pas plus loin que la porte des cachots dont ils avaient la charge… les bons sentiments rapidement refoulés par la soi-disant discipline de rigueur chez les «centurions »… l’esprit totalement «torturé» (la belle affaire !) par les défaites précédentes… oublieux, pour certains, les plus âgés, les officiers, de ce qu’ils ont eux-mêmes subi, dans des camps d’emprisonnement ou des geôles… On a même vu un jeune religieux bon teint renier les principes de base de sa foi… et jouir pleinement du pouvoir de faire et défaire les vies… Ils ont fini en enfer… alors que les hommes qu’ils ont malmenés, torturés ou/et assassinés sont libres… pour l’éternité

L’AUTEUR : Professeur de philosophie et il a exercé en Algérie de 2003 à 2007

Avis : Destiné surtout à des lecteurs qui s’intéressent à la psychologie des «techniciens» et autres spécialistes de la «gégène» et des exécutions sommaires… Encore qu’il faille beaucoup de patience (et un certain niveau intellectuel) pour comprendre ce (presque) essai philosophique. Fortement déconseillé à ceux qui ont subi la torture.

Afrique-France. Un sommet au service de l’impérialisme français


Le sommet Afrique-France s’est ouvert à Montpellier ce vendredi. Derrière les effets d’annonce et l’appel à la « société civile », l’enjeu pour Macron est de renforcer les positions fragilisées de l’impérialisme français.

Crédit photo : AFP/Ludovic Marin

Une nouvelle formule, un même objectif : renforcer l’impérialisme français en Afrique

Initialement prévu du 8 au 10 juillet, le sommet Afrique-France a débuté ce vendredi 8 octobre. Traditionnelle grande messe de l’impérialisme français depuis 1973, le président de la République a cette année fait le pari d’une nouvelle formule pour l’évènement organisé à Montpelier et dans cette perspective multiplié les effets d’annonce autour de son « nouveau sommet », selon la terminologie officielle, souhaitant marquer par là un changement méthodologique et de perception des rapports entre les deux parties.

L’Elysée commente :« Montpellier, c’est une sorte de sommet renversé où ceux qui d’habitude ne sont pas invités dans ce type d’événements internationaux seront au cœur de l’événement » en louant le format « inédit » de l’évènement qui « mettra en relation les acteurs essentiels de la relation [entre l’Afrique et la France] dans les dix et vingt ans qui viennent ». Exit donc les présidents et dirigeants et africains, place est faite à la jeunesse et à la « société civile ». Vendredi, quelques 3000 participants dont plus d’un millier de jeunes du continent africain (dont près de 350 entrepreneurs) ont donc été conviés pour participer à des tables rondes et conférences.

Mais derrière le changement symbolique le contenu du rassemblement reste identique. Pour la France il s’agit bien d’appuyer une politique néocoloniale de domination monétaire, économique, diplomatique, militaire et culturelle et par là même d’asseoir les positions de l’impérialisme français en Afrique.

Draguer la jeunesse et l’opinion africaine : le double effet kiss-cool néolibéral de Macron

Pour se faire la cible est claire : pour Macron il s’agit de convaincre la « société civile africaine ». Face à d’une part la montée en puissance de la concurrence étrangère en Afrique sur le pré-carré français, notamment de la Chine et de la Russie, et d’autre part du sentiment de détestation des populations africaines vis à vis de l’impérialisme français, le président de la République veut jouer la carte de l’apaisement et ce dans la continuité directe de la politique africaine menée depuis le début du quinquennat.

La communication opérée ce vendredi autour de la restitution des 26 œuvres d’arts pillées au Bénin poursuit directement cet objectif. « A la fin octobre, on va rendre 26 trésors au Bénin » a ainsi déclaré Emmanuel Macron au sommet Afrique-France qui se tient à Montpellier, lors d’une table ronde sur les restitutions d’œuvres d’art pillées à l’Afrique. « On va le faire aussi avec la Côte d’Ivoire » a-t-il ajouté. La méthode n’est pas sans rappeler la politique de réconciliation mémorielle avec l’Algérie ou encore avec le Rwanda que le chef de l’Etat avait mis en place au lendemain de son élection dans l’espoir de consolider les relations diplomatiques, et afin de favoriser les affaires et la collaboration militaire avec l’ancienne colonie. A nouveau, cette fois, il s’agit de balayer et d’écarter les crimes de l’impérialisme français pour passer à autre chose, et en dernière instance pour raffermir les positions françaises en Afrique.

De la même façon le mode d’organisation « inédit » de ce sommet doit être analysé comme la tentative d’Emmanuel Macron de se constituer un courant néolibéral favorable dans l’opinion africaine. Le choix des invités comme des thèmes, les échanges devraient surtout porter sur des enjeux culturels (musées, cinéma, mode, musique) et sociétaux n’est en ce sens pas anodin. Il est la marque d’une véritable contre-offensive pour gagner l’opinion de ceux qui forgent l’opinion publique africaine et donc de ces jeunes, entrepreneurs, sportifs et célébrités du continent. Le collectif panafricain Cora critique en ce sens à juste titre la présence à Montpelier d’une « une société civile taillée sur mesure », « l’Afrique qui réussit », « pour donner l’illusion » que la France est « à l’écoute des populations africaines et de leurs intellectuels ».

En arrière-plan, le choix du philosophe camerounais Achille Mbembe, critique acerbe de la Françafrique et l’un des pères des études postcoloniales, pour préparer le sommet sert un même objectif et traduit la volonté d’Emmanuel Macron de se mettre en scène face à des contradicteurs. « D’une manière très intelligente et sans doute stratégique, Emmanuel Macron lui a demandé d’aller sonder les Africains sur les orientations à suivre pour forger de nouvelles relations entre la France et l’Afrique », analyse le journaliste Assane Diop, sur l’antenne de France 24. Pour le chef de l’Etat il s’agit d’une « prise de guerre » et d’une manœuvre de haute voltige pour redorer l’image de la France sur le continent africain sur fond de cooptation. Dans une tribune au vitriol l’écrivain camerounais Gaston Kelman commentait le 30 avril dernier : « En participant au sommet de Montpellier, les 9 et 10 juillet 2021, Achille Mbembe et d’autres intellectuels africains se font « la voix de leur maître ». Il n’appartient pas à la France de guérir le continent de son trauma postcolonial. ».

Dans un effet de double kiss-cool néolibéral, Macron souhaite donc séduire la jeunesse dorée et l’opinion publique africaine. Entre cooptation et tentative d’apaisement, l’objectif est de faire de la société civile un rempart pour les entrepreneurs et investisseurs français face à une concurrence étrangère qui se développe contre l’impérialisme français.

Un changement de méthode sur fond de difficultés importantes pour l’impérialisme français en Afrique

De fait si ce sommet est organisé sous un format inédit, c’est parce qu’il se déroule sur fond de tensions fortes entre la France et certaines de ses anciennes colonies dans un contexte de déclin structurel de l’impérialisme français. Ces dernières semaines, la crise diplomatique entre la France et l’Algérie est montée d’un cran suite aux déclarations d’Emmanuel Macron sur la « rente mémorielle » dont aurait bénéficié le régime algérien et à la forte réduction de l’attribution des visas pour les ressortissants du Maghreb. Dans le même temps plusieurs déclarations ont accru les frictions entre Paris et Bamako. A tel point que l’ambassadeur français a été convoqué par la junte militaire après qu’Emmanuel Macron ait qualifié de « honte » les propos du premier ministre malien Choguel Kokalla Maïga qui a reproché à la France un « abandon en plein vol » avec sa décision de retrait de la force Barkhane.

En arrière-plan c’est l’ensemble des positions de l’impérialisme français qui semblent fragilisées. Humiliée par la crise des sous-marins australiens, la France se trouve sur un autre plan forcée de réorganiser son intervention au Sahel alors que le gouvernement malien menace de faire appel à des mercenaires russes alors que la France essaye d’impliquer davantage ses partenaires européens. Plus largement la France est très inquiète pour ses intérêts au Sahel donc mais en Afrique en général et doit faire face à une influence grandissante d’acteurs internationaux comme la Chine, la Russie ou encore la Turquie mais aussi à l’opposition de puissances régionales comme l’Algérie dernièrement. Enfin sur le terrain social, la défiance des peuples africains vis-à-vis de l’impérialisme français est profonde et ne manque pas ces derniers mois de s’exprimer dans la rue et parfois de façon historique comme au Sénégal en mars dernier ou au Tchad où des drapeaux français sont régulièrement brulés dans les manifestations depuis la mort d’Idriss Deby.

Les enjeux de ce se sommet sont donc importants pour la France, il s’agit de renforcer les positions africaines. C’est une perspective cruciale pour l’impérialisme français qui dépend fortement de son entreprise économique, politique et militaire sur une part importante du continent africain pour continuer à faire partie du groupe des grandes puissances mondiales. L’organisation d’un contre-sommet Afrique-France à Montpellier du 6 au 10 octobre entend précisément dévoiler cette réalité. Comme le note Survie : « Ces rendez-vous montreront en effet que la politique de la France vis-à-vis de l’Afrique n’a pas plus changé de cap durant le quinquennat d’Emmanuel Macron que durant celui de ses prédécesseurs, qui revendiquaient pourtant aussi une « rupture » avec la Françafrique, trop vite résumée au « Foccartisme ». Les piliers institutionnels de cette politique restent inébranlés : des liens militaires, monétaires, diplomatiques et financiers « privilégiés » unissent encore la France et des régimes autocratiques et corrompus, on l’a encore vu récemment au Tchad. Cette étroite relation sert aussi des intérêts privés, ceux de grands groupes comme Bolloré, Orange, Castel ou Total dont les positions sur le continent se sont renforcées alors que l’immense majorité des populations locales luttent au quotidien pour leur survie. Ce sommet, censé « réinventer la relation franco-africaine » selon le gouvernement, s’inscrit dans une vaste offensive de communication destinée à occulter cette continuité. ». Les annonces affectées du gouvernement ne constituent en ce sens pas une rupture avec des décennies de politique étrangère, mais permettent à la France de plus en plus confrontée à des difficultés en Afrique de mener une offensive de séduction à destination de la jeunesse africaine, dans un contexte de concurrence internationale accrue.

A nouveau face aux effets d’annonce de Macron et à la tentative de cooptation d’une partie de la jeunesse et de l’opinion publique nous devons exprimer une position anti-impérialiste claire. Contre le pillage impérialiste du continent et les ingérences dans les États africains, nous devons revendiquer le retrait de toutes les troupes françaises du continent et exiger l’annulation totale et sans conditions de la dette qui pèse sur tous les pays africains.